samedi 18 novembre 2017

Discussion avec René et Frédéric LENOIR


RÉSERVATION CONSEILLÉE AU 05 56 83 53 32

Le grand Débat 24-25 Novembre 2017








Souvenirs dormants et Nos débuts dans la vie de Patrick MODIANO

Souvenirs dormants de Patrick MODIANO aux éditions Gallimard, 14,50 euros

Patrick Modiano est un auteur rare et attendu. Deux livres de lui paraissant, il est normal que les médias s’en emparent…

Le type de narration, la mise en scène, l’orchestration, le roman, s’il faut aussi le définir ainsi, chez Modiano, est une affaire connue et récurrente. 
Régulièrement, en effet, celui-ci a puisé dans des souvenirs qui ont accaparé sa jeunesse, livrant une mixture inédite d’histoires étranges et lointaines mais qui ont un fort pouvoir d’attraction grâce au style gracieux et épuré de l’auteur. 
Le Modiano qui accompagne le lecteur ou plutôt qui apparaît comme le vecteur de ces Souvenirs dormants n’a encore rien publié mais s’apprête à cette publication.  
Son errance parisienne intègre cette fois un monde ésotérique qui s’anime autour de l’œuvre de Gurdjieff, gourou influent dont le livre Rencontres avec des hommes remarquables est le plus connu. 
Tout cela est lointain et proche à la fois. Quarante ans nous annonce Modiano. 
Martine Hayward, Stioppa, Mireille Ourousov, Geneviève Dalame, Jacques de Bavière (ou Debavière!), Emil Stern et Madame Hubersen sont des noms qui clament un univers opaque en dépit des lieux parisiens familiers où ils se dissolvent.
Souvenirs dormants, donc, est un récit modianesque absolu d’où émane une atmosphère aussitôt  reconnaissable qui distille l’essence d’une époque révolue. 
Modiano est affecté par des rencontres essentiellement féminines nourries d’inquiétude et d’absence. 
Est-il bien sage d’en raconter plus ?  
La prescription est proche, dit l'auteur, à propos de ceux qui ont connu le Paris auquel il se sent à jamais associé. Un Paris qui n’est hélas plus celui où il vit aujourd’hui.




Nos débuts dans la vie de Patrick MODIANO aux éditions Gallimard, 12 euros 

Nos débuts dans la vie est, chose quasiment inédite chez Modiano, une pièce de théâtre avec une description de scène et des indications de lumière. 
Quatre personnages, Dominique, Jean, Elvire et Caveux vont discourir, le plus souvent par paire, dans un décor de théâtre. Les plus jeunes, Dominique et Jean, sont à l’orée d’une carrière que les plus âgés, Evire et Caveux, tentent de diriger ou de contrecarrer, inconscients de l’étendue de l’échec de la leur propre.
Il faut préciser qu’Elvire est la mère de Jean et Caveux, certainement l’amant de celle-ci. Dominique, quant à elle, est une amie proche de Jean et peut-être sa maîtresse. 
Comment éloigner Dominique de Jean ? Comment aider Jean à devenir l’écrivain « professionnel » que Caveux (qui a côtoyé Sartre) est devenu ? 
Dominique répète La mouette de Tchekhov qu’elle joue sous la direction d’un certain Salvesberg. Elvire, dans le théâtre voisin (une porte secrète réunit les deux théâtres), joue Bon week-end Gonzales (d’on ne sait qui). 

Cet affrontement, au demeurant simpliste, ne l’est plus lorsque le personnage d’Elvire rouvre une ancienne fêlure, celle de ses débuts au théâtre. Modiano alors touche au but. Il émeut. L’avenir confiant de Dominique et Jean se voile du témoignage d’Elvire. Un miroir leur est tendu. La nostalgie apparaît et clôt la pièce d’une façon déchirante.

Pour quelques gouttes d'eau

Pour quelques gouttes d'eau de Anne Jonas et Marie Desbons, éditions Le buveur d'encre, 16.00 euros:

Dans un lointain pays où le soleil assèche la terre, Zahina est une petite fille qui sait ouvrir grand les yeux sur le monde qui l'entoure. Dans ce pays l'eau est un trésor qui nécessite patience et partage, Zahina l'a appris jour après jour dès sa plus jeune enfance.
Sa gorge est sèche mais ses yeux observent, se nourrissent de chaque visage croisé, de chaque caillou qu'elle trouve sur le chemin qui l'amène au puits où elle se rend tous les jours avec son père. Son corps est là, mais son cœur et son esprit voyagent au loin, rêvent devant le buisson qui dessine la tête d'un lion, le bruit du tam-tam qui annonce la venue d'un nouveau-né. Cruche sur la tête, chaque pas sur le long chemin aride est douleur mais cette douleur n'est rien comparée à celle que la petite fille ressent à chaque fois que sa cruche vacille et que les précieuses gouttes tombent sur le sol. C'est pour elle à tout instant une perte effroyable qu'elle tait de longues années jusqu'au jour où la cruche se casse et où son père lui relèvera la tête pour lui montrer les merveilles apparues au fil de l'eau tombée.

Un album absolument magnifique
 où la poésie de l'histoire et de celle de l'illustration ne font qu'une!


Le Journal d'Anne Frank

Le journal d'Anne Frank Ari Folman, David Polonsky éditions Calmann Levy, 16 euros:

Lorsque la fondation Anne Frank a proposé à Ari Folman d'adapter en bande dessinée le fameux journal, la réflexion fut longue et intense : comment illustrer ce texte d'une richesse incomparable, tant par son caractère unique que par le nombre de ses lecteurs à travers le monde ? Il fallait donc non pas se mettre à la place d'Anne, mais respecter ses mots, ses pensées, ses peurs et ses idéaux. Isolée dans l'annexe de l’entrepôt du 263, Prinsengracht aux Pays Bas, Anne commence à écrire son journal à treize ans, en 1942.
Ari Folman et David Polonsky s'appuient sur cet isolement pour dresser des planches d'une grande beauté : à la fois sombres par le contexte oppressant des bombardements environnants, mais aussi lumineuses par l'ironie qui se dégage du discours d'Anne, sur les autres membres de sa famille et sur le couple Van Daan particulièrement. Les lettres qu'elle écrit à son journal, baptisé « Kitty », trouvent une belle résonance dans un dessin fantasmagorique et baigné par l'idée de solitude. Car c'est parce qu'elle se sent abandonnée qu'Anne éprouve le besoin de mettre des mots sur son expérience.
Les deux auteurs de ce roman graphique ont donc adopté un dessin respectant aussi bien le questionnement naturel de toute adolescente de cette âge tout en y ajoutant le spectre de la guerre et ses angoisses.



Une parution qui fait écho à celle de l'intégrale des lettres, carnets et contes écrits par la jeune fille, chez Calmann Levy également.

C'était William Finnegan à Arcachon

Quelques images du passage de William Finnegan, Prix Pulitzer, à Arcachon!

samedi 11 novembre 2017

Rencontre avec William Finnegan pour Jours Barbares



Jours barbares de William FINNEGAN aux éditions du Sous-Sol, 23,50 euros.

Avec le prix Pulitzer en poche dans la catégorie « Mémoires », William Finnegan a posé les bases d’une vie dédiée au surf. Cet homme, qui, enfant, a découvert et débuté cette pratique audacieuse née dans l’océan Pacifique, bénéficia de dispositions particulièrement favorables puisqu’il débarqua, aux alentours de sa dixième année, sur l’île d’Hawaï où, comme chacun sait, le surf est érigé en religion. 

Les cinq cents et quelques pages de Jours barbares offrent par ailleurs une multitude de pistes sur la définition du surf, sur ce qu'il est réellement. 
Concernant Finnegan, la magie du surf opéra quelques années avant son arrivée décisive à Hawaï, elle se produisit à la fin d'une journée, en Californie, lorsqu’au détour d’une promenade avec ses parents, il aperçut sur l’océan des silhouettes à contre-jour glisser sur les vagues. Cela provoqua en lui un choc esthétique qui l’attira dès lors passionnément pour cette danse aquatique. 

C’est donc sous le soleil de Los Angeles où ses parents travaillaient pour le cinéma qu’il a réellement effectué ses débuts. Il s’ensuivit une initiation en règle à Hawaï où il côtoya bon nombre de surfeurs avec qui il noua ses premières amitiés. 
A la fin de son adolescence, William Finnegan partit avec un de ses amis pour un tour du monde inouï entamé aux iles Tonga puis à Fidji. Les deux compères s’aventurèrent ensuite en Australie, en Indonésie, à Bali puis en Afrique du Sud. 
William Finnegan eut, en ces années, l’obsession de la vague parfaite. Ce furent des Jours barbares, ceux où, délivrée de la civilisation occidentale, la vie redevint libre et sauvage, imperturbablement tournée vers le surf. En cela, le livre de Finnegan est un roman initiatique. 

Mais William Finnegan est aussi, dans l’écriture de ce livre, un talentueux journaliste et un excellent portraitiste car son immersion dans le monde du surf est une succession de rencontres et de caractères bien trempés. La fréquentation des impétueux Domenic, Beckett, Bryan, Mark et consorts a permis à l’auteur de nous instruire sur les attitudes et les modes de pensées qui ont circulé dans cette communauté à l'aune des années quatre-vingts. Il n’est même pas nécessaire de  porter un amour inconsidéré à cette pratique pour être suspendu aux descriptions dantesques de certaines sessions que Finnegan et ses amis ont affrontées dans leur vie. 

La mer n’est pas, à proprement dit, une amie pour l’être humain. Celui-ci a dû, bien souvent, renoncer à la dompter. La mer demeure un danger majeur sitôt que l’équilibre qui la régit est rompu. Pourtant, qu’ils soient pêcheurs, marins, nageurs ou surfeurs, la mer attire les hommes et leur suggère des défis renouvelables à l’infini. 
William Finnegan y a trouvé un sens très spécial à sa vie. Ses mémoires sont le récit inlassable de la quête d’un absolu entrevu durant seulement quelques secondes. Le but de ces chevauchées marines est le plus souvent inaccessible et, tout autant, terriblement dangereux. 

A soixante ans passés, William Finnegan continue de braver l’océan. Après San Francisco (Ocean beach), Madère (Jardim), New-York (Long island), le reporter du New Yorker déjà reconnu pour avoir couvert une multitude de conflits et autres événements comme la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud, est en passe d’entrer dans la légende du surf. Pas pour des prouesses que d’autres - qu’il admire - ont réalisées avant lui et parfois même sous ses yeux, mais pour l’acuité et la profondeur avec laquelle il a cherché sa vie durant une raison à l'existence du surf, une raison qui ressemble, sans aucun doute, à celle qui régit aussi la poésie.

Pas touche!

Pas touche! de Rachel Bright et Jim Field, éditions Gautier Languereau, 14 euros

A la fin de l'été, voici l'heure où tous les habitants de la forêt s'apprêtent à rejoindre grottes et terriers remplis des provisions faites depuis le début des beaux jours. Tous les habitants?! Non, pour notre écureuil Max il s'agit plutôt du moment où il se rend compte que son placard est ... désespérément vide! Commence alors la quête du Saint Graal, la quête de LA pomme de pin aux délicieux pignons. Seulement voilà, notre Max n'est pas seul sur le coup: il va également falloir compter sur Simon "le roi des provisions" dont les calculs sont formels: il lui manque une pomme de pin pour tenir l'hiver sans encombre. Nos deux écureuils vont se livrer une bataille sans merci qui les verra rencontrer les plus grands obstacles: nez d'ours, griffes d'aigle, chutes des plus grandes cascades: qui l'emportera? Aux plus jeunes de le découvrir...

Opération Copperhead de Jean HARAMBAT

Opération Copperhead de Jean HARAMBAT aux éditions Dargaud, 22,50 euros.

La très bonne surprise de la rentrée BD est signée Jean Harambat, auteur d’une superproduction dessinée à partir d’une histoire vraie et réellement magique. 

Un palace au bord du Nil ouvre l’Opération Copperhead et ravive la mémoire des cinéphiles qui reconnaîtront David Niven et Peter Ustinov jouant une scène du film Mort sur le Nil, adaptation du roman d’Agatha Christie tournée en 1977. Les deux acteurs anglais sautent sur l’occasion qui leur est offerte par une jeune femme leur servant le thé pour se remémorer le bon vieux temps de cette Opération Copperhead qui les fit se rencontrer en 1943. 

Niven, auréolé d’une carrière bien établie à Hollywood, représente alors la fine fleur de l’esprit anglais (juste après Lawrence Olivier !). Peter Ustinov n’est encore qu’un jeune auteur de théâtre que l’on affecte auprès du lieutenant-colonel Niven retourné en son pays pour combattre l’ennemi.

Ensemble ils participent à un film de propagande destiné à redonner une image plutôt glorieuse de l’armée britannique. Mais c’est en imaginant un autre film que l’Opération Copperhead prend forme. Le général en chef des armées Sir Bernard Law Montgommery, du moins l’acteur qui l’incarnera à l’écran, servira de leurre aux allemands qui apprendront nécessairement que le général mythique est en route pour l’Afrique du Nord pour un probable débarquement.  Copperhead, apprend-on, est un serpent qui agite sa queue colorée pour attirer sa proie afin de mieux le mordre…

Jean Harambat s’est appuyé sur cet épisode rocambolesque  pour nous délecter d’un esprit où l’humour est un prétexte à l’héroïsme et vice-versa. Niven, Ustinov et leurs comparses dont Winston Churchill himself jouent leur partition en virtuoses. Les bons mots fusent autant que les bombes du « baby blitz » qui tombèrent sur Londres en 1943. 

D’ailleurs cette remarquable plongée dans le Londres qui résista si bien aux allemands est la plus enthousiasmante aventure d’Opération Copperhead. Jean Harambat diffuse toute son admiration pour l’Angleterre avec le même détachement que ses personnages. L’histoire n’en prend que plus de valeur et s’avère en tout point réjouissante.


samedi 4 novembre 2017

Evenement : William FINNEGAN, mardi 14 novembre 2017


Nous vous annonçons dès aujourd'hui la venue exceptionnelle de
 William FINNEGAN, 
auteur consacré par le prix Pulitzer 2016 et le prix America 2017.
La semaine prochaine nous entrerons plus en détails dans Jours Barbares,
 l'autobiographie récompensée d'un surfeur au long cours...