samedi 16 septembre 2017

Un loup pour l'homme de Brigitte GIRAUD

Un loup pour l’homme de Brigitte GIRAUD aux éditions Flammarion, 19 euros.


Pour obtenir la signification littérale du dernier roman de Brigitte Giraud, il faut atteindre la page 185 et lire  le récit d’Oscar, ce jeune homme d’origine italienne qu’Antoine couve depuis son arrivée à l’hôpital d’Oran. 
Or, c'est l’histoire d’Antoine que Brigitte Giraud a entrepris de nous raconter, un jeune homme, appelé en 1960 pour le service militaire qu’il effectue en Algérie en tant qu’infirmier. 

Nous suivons donc Antoine depuis son embarquement à Marseille jusqu’à ses premières interventions auprès des blessés d’une guerre qui ne veut pas dire pas son nom. Antoine lui-même ignore à peu près tout de ce qui se trame en Algérie et le lecteur navigue avec lui dans cet à-peu-près où l’on maintient l’ordre, sécurise et protège on ne sait trop qui d'on ne sait trop quoi. 

Antoine a d’ailleurs un souci majeur qui ne concerne en rien ces « évènements » algériens. Il va effectivement devenir papa. Sa fiancée Lila n’a pas supporté d’attendre seule à Lyon leur bébé. Elle a soudainement débarqué à son tour en Algérie et le jeune couple se retrouve le soir dans un appartement que leur a alloué exceptionnellement l'armée. Mais Antoine qui se rend chaque jour à l'hôpital se préoccupe du cas d'Oscar, un patient très à part, réfugié dans un mutisme qui le préserve d'un rapatriement dont il n'a que faire car le piège dont il a réchappé lors d'une mission malheureuse lui a coûté l'amputation d'une jambe.

Brigitte Giraud instaure dans ce roman magistral un vécu rarement lu de ces appelés d’Algérie qui, comme Antoine mais aussi Martin, son ami cuisinier, ont regardé « impuissants, la disparition de leur jeunesse, sans savoir encore qu’ils ne pourront pas raconter. Les mois qu’ils viennent de vivre seront comme un secret, une expérience embarrassante qu’ils tairont instinctivement ».


Seul Oscar, dont le récit  dure un peu plus de dix pages, aura parlé de ce qu'il a vraiment vu et perdu. Il paiera très cher le tribut de son désarroi de jeune appelé de la guerre d'Algérie.

Dur dur d'être un cambrioleur...

Arsène Lagriffe ; Hors-la-loi, par Jennifer Gray, aux éditions Pocket Jeunesse, 6,60€

Arsène Mitaine Escogrif Lagriffe, de son nom complet, est un chat des rues vivant de délits divers. Sa spécialité ? Les cambriolages. C'est pourquoi, un beau matin, des pies lui proposent une mission : voler pour elles les bijoux de Littleton-sur-Mer. Lui, Arsène, si discret, si agile et si compétent, est le cambrioleur idéal !
Les vols commencent, sans encombres (ou presque), jusqu'à ce que les pies dévoilent leur véritable projet : ce ne sont pas les bijoux des habitants qui les intéressent, mais les bijoux, très rares et très chers, qui vont être présentés au château de Littleton-sur-Mer, et, surtout le diadème de Lady Toffly...

Seulement, Arsène est en proie aux doutes. Accueilli à bras ouverts par l'inspecteur Cheddar et ses deux enfants, le voilà assailli de remords : est-il vraiment fait pour les cambriolages ? Les enfants sont si doux, si gentils avec lui, et il est si agréable d'avoir une famille qui s'inquiète pour lui, qui le câline...  

Arsène est un cambrioleur attachant, et sensible, un matou qu'il est agréable de suivre dans ses aventures... aventures qui se poursuivent dans le tome 2 : Arsène Lagriffe règle ses comptes (et d'autres encore qui seront à paraître pour novembre !).

A fond le slip !

A fond le slip ! Titeuf Tome 15 de ZEP aux éditions Glénat, 10,50 euros.

La rentrée pour les Kids coïncide depuis longtemps maintenant (2000 ?!?) à un opus de Titeuf.
Avec l'avantage de ne pas vieillir d'un pouce, cet obsédé (mais pas trop) du slip, multiplie les déboires et parfois les victoires sur une époque où tous ses congénères se révèlent souvent très obtus.
La cour de récré, les parents, la crise, les terroristes, le nucléaire, les amours se mêlent tambour battant au fil des sketches sans que l'on sache si Titeuf a évolué ou pas depuis tout ce temps. Il faudrait une étude approfondie pour le savoir mais, une chose est sûre, le monde autour de Titeuf a inévitablement changé. Son créateur en profite allègrement et nous offre une variation habile sur les préoccupations de notre époque.
Zep et Titeuf forment une équipe bien rodée, un vieux couple en soi qui ne surprend plus vraiment mais que l'on est toujours curieux et voire même heureux de retrouver... à la rentrée.



Agendas !


Agendas !
Ce pourrait être un cri de guerre ou de ralliement
et beaucoup se tiennent à l'affût dans l'attente de cette annonce automnale ou presque qui enfin permet de se projeter sur 2018...

Agendas mais aussi calendriers, éphémérides sont arrivés. Une photo nous est parue nécessaire pour vous en fournir une preuve.

samedi 9 septembre 2017

Nos richesses de Kaouther ADIMI

Nos richesses de Kaouther ADIMI aux éditions du Seuil, 17 euros.

 En 1935, Edmond Charlot ouvrit à Alger une librairie nommée Les vraies richesses. Il demanda l’autorisation d’utiliser ce titre  à Jean Giono qui lui répondit positivement. 
Nos richesses est un hommage à Edmond Charlot et reprend de vibrants passages des carnets que celui-ci rédigea jusqu’aux terribles années de la guerre d’indépendance algérienne. 
Kaouther Adimi invente par ailleurs un autre personnage nommé Ryad qui arrive de nos jours à Alger, pour la première fois. Il est chargé de transformer la vieille librairie d’Edmond Charlot, de la délester des quelques livres restants puisque le lieu est voué à vendre désormais des beignets.

Edmond Charlot a lutté pour que son lieu réunisse à la fois de fervents lecteurs de littérature et des écrivains qu’il aida à se faire publier ou qu’il publia lui-même. Albert Camus, bien sûr, Jean Grenier, Jean Senac, Jean Amrouche, André Gide, Antoine de Saint-Exupéry, Jules Roy, Frédéric Jacques Temple, Armand Guibert, Max Pol Fouchet ont tous foulé le sol des Vraies richesses. Le succès aidant, Edmond Charlot se résolut à ouvrir une librairie à Paris et propulses les éditions Charlot aux côtés des Grasset, Julliard et Gallimard.
  
En marge des carnets d’Edmond Charlot, Kaouther Adimi délivre les moments cruciaux du grand écart effectué par son héros entre la France et l’Algérie. C’est aussi et surtout la triste chronique du désamour croissant entre les deux pays. Le style d’Adimi se déleste alors de tout effet de style, seuls quelques mots suffisent à dénoncer l’horreur. 
Ryad, des années plus tard, ne se soucie absolument pas de ce qui a pu se produire ces années-là. D’ailleurs il ne lit pas. L’objet essentiel de sa préoccupation se nomme Claire, son amoureuse restée à Paris. Peu à peu, cependant, son indifférence aux livres et à la librairie cède au contact des voisins qui l’accueillent chaleureusement bien avertis de la mission qui l’amène.

Cet aspect du roman procure un bel équilibre aux années Charlot. L’Alger d’aujourd’hui, en pénurie constante, froide et pluvieuse, répond aux images du passé. Il y a une mémoire à Alger qui demeure insaisissable. Un match de foot, bien qu’amical, entre la France et l’Algérie soulève un émoi considérable à Alger. « Ça va chauffer » prévient-on. 

En 1961, la librairie parisienne d’Edmond Charlot fut plastiquée par l’OAS. Suite à quoi Edmond Charlot prévint ceux qui ne connaissaient point Paris : « Attention, les français sont durs ». 

Les livres, ces magiciens !

La Montagne de livres, Rocio Bonilla, aux éditions Père Fouettard, 13€

Lucas aime rêver, et son plus grand souhait serait de pouvoir voler, d'arpenter cette immensité bleue qu'est le ciel. Il a tout essayé :  se construire des ailes avec de vraies plumes, écrire au Père Noël.. Mais rien n'y fait, il reste bel et bien sur la terre ferme.

Pourtant, le jour de ses sept ans, sa maman lui offre un cadeau très particulier : un livre ! Avec lui, Lucas pour trouver "d'autres façons de s'envoler", lui dit-on. L'enfant essaye... et se retrouve emporté par les mots. De voyages en voyages, il découvre les multiples trésors que contiennent ces petits objets de papier. Y prenant goût, il commence à construire une pile de livre sur laquelle il s'assoit, et emporté par les mots, il ne peut s'arrêter de lire ! La pile monte, monte, monte... Jusqu'au ciel ! Lucas pourra-t-il, un jour, redescendre de sa montagne de livres pour nous raconter toutes ces belles aventures ?

Grâce aux illustrations, le lecteur voyage tour à tour dans l'imagination du garçon, tantôt aux côté de Moby Dick, du Petit Prince ou de Mowgli. Un très bel album qui démontre le pouvoir de la lecture sur l'imaginaire.
 
Et si les livres n'ont pas uniquement ce pouvoir : une certaine jeune fille va quand à elle succomber au pouvoir des mots... 


Cette enfant attend, inexorablement, impatiemment... elle attend celui qui saura faire chavirer son cœur. 
Mais saura-t-il réellement la combler ? 
S'entendront-ils à merveille comme elle rêve tant ?
Va-t-il plaire à ses parents, va-t-il la faire rire et être tendre avec elle ? 
Tant de questions qui se bousculent dans sa tête. Mais est-ce vraiment son beau prince charmant qu'elle attend avec autant d'impatience ? Il fera peut-être parti de l'histoire, mais c'est vers l'objet livre en lui-même que se porte son immense amour ! 


Je l'attends, je l'attends..., par Pef, aux éditions Rue du Monde, 16€

Afterz de Charles BERBERIAN

 Afterz (après tout la vie est plus belle avec toi) de Charles Berberian aux éditions Fluide Glacial, 17,90 euros.

« Deux amies presque inséparables, un chat qui dort, des clubbers en grappes et des âmes solitaires, un garçon flanqué d’un chien qui n’est pas le sien… 

Ils se cherchent, se frottent, se séparent et parfois se retrouvent.

Leurs afters sont plus réussies que leurs nuits. Ou pas.»

Voilà l’indication sibylline mise au dos de cet album, par l’auteur sans doute qui nous invite de ce pas à pénétrer ce monde ultra codé de la nuit, de la hype, de tout ce que le commun des mortels est, à quelques exceptions près, à dix mille lieux de vivre. 
Hormis l’été car cette communauté parisienne à 99,99% s’éparpille le temps de quelques semaines et nous pouvons en voir des spécimens coupés de leur base située dans des arrondissements bien précis.

Ils incarnent une forme d'exotisme que Charles Berberian, à la lueur de spots colorés façon discothèque, étudie comme une philosophie où le néant est un repère, où les paroles sont aux antipodes des actes, où tout semble liquide, aquatique, autocentré bien sûr et révélateur d’un mal être post attentat 2015 (qui ne dit jamais son nom). 

Ces vignettes contemporaines qui serviront aux générations futures (s’il y en a), apportent des éléments sur l’état psychique d’une certaine jeunesse pour moitié dorée et pour l’autre traumatisée. Elle continue cependant, en toute éventualité, à chercher l’amour, la séduction et le plaisir. 

Charles Berberian appuie en douceur sur les contradictions évidentes et donc drôles de ces vies « hors-sol » que jugent à intervalles réguliers des animaux de compagnie, chiens ou chats, qui ont définitivement pris les mêmes tics que leur maître.
A l’heure où ces jeunes gens ont regagné leur territoire, Charles Berberian nous en laisse un souvenir aussi agaçant qu’émouvant, conciliant l’inconciliable, etc.



Journées du Patrimoine


JOURNÉES DU PATRIMOINE 2017

Ces journées du patrimoine sont l'occasion cette année d'honorer
 les 160 ans de la naissance d'Arcachon 

Pour ce faire, venez plonger au cœur de ces temps anciens 
avec Christel Haffner Lance, 
historienne de l'art 
commissaire de l'exposition "Jules Caron"
qui a actuellement lieu à l'Hôtel Ville d'Hiver jusqu'à fin septembre !

Plusieurs évènements vous seront alors proposés:

- Tout d'abord à la Mairie d'Arcachon (accès libre):
  • SAMEDI 16 SEPTEMBRE à 11h00
Christel Haffner Lance vous présentera
ADALBERT DEGANNE (1817- 1886) fondateur d'Arcachon et amateur d'art
  • SAMEDI 16 SEPTEMBRE à 14h30
Michel Boyé, historien, président honoraire de la Société Historique d'Arcachon
et Christel Haffner Lance
animeront une discussion sur
LA NAISSANCE D'ARCACHON : LA DÉCENNIE 1850

- Puis, à l'Hôtel Ville d'Hiver (20 avenue Victor Hugo, accès libre):
  • SAMEDI 16 SEPTEMBRE à 16h30 et à 18h00
  • DIMANCHE 17 SEPTEMBRE à 14h30 et à 16h00
Christel Haffner Lance sera votre guide et commentera les œuvres exposées
de JULES CARON (1806- 1881)
peintre au temps de la naissance d'Arcachon

Pour de plus amples renseignements, n'hésitez pas à vous adresser à la librairie!

 ( MrRoudoudou.com )

samedi 2 septembre 2017

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc DUGAIN

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc DUGAIN aux éditions Gallimard.

Beaucoup de choses se cachent dans ce livre, beaucoup de gens aussi. Lorsqu’on ouvre les premières pages de Ils vont tuer Robert Kennedy, le thriller l’emporte, la narration est fiévreuse, l’assassinat de JFK est reproduit dans ses moindres détails et les phrases fusent comme des balles.
Cette reconstitution d’un des crimes les plus retentissants de l’humanité est écrite en contrepoint d’une recherche plus posée qui s’ouvre dans la région de Vancouver où évolue un certain Mark O’Dugain, chercheur universitaire spécialiste de l’histoire contemporaine américaine et plus précisément de l’affaire Kennedy. 

Marc Dugain déplace alors peu à peu son propos. Jack Kennedy fait place à son frère Bobby qui fut aussi son ministre de la justice. 
Mark O’Dugain, quant à lui, tend à démontrer que la fusillade du 22 novembre 1963 fut un complot engendré par la mafia mais aussi par le FBI. En parallèle, le voile posé depuis 1968 sur la mort de ses parents, attribuée à un suicide, se déchire.

Le récit prend dès lors son rythme de croisière, la vie de Robert Kennedy et celle du père de Mark O’Dugain se chevauchent. Eloignées en apparence elles finissent par se toucher en ce jour de 1968 qui vit le deuxième meurtre d’un Kennedy au moment où une accession nouvelle à la présidence des Etats-Unis se présentait.
On ne peut décemment résumer la somme des faits plutôt obscurs qui parsèment ce roman. Quelques ressassements s’avèrent même indispensables au bon suivi des événements. Marc Dugain joue allègrement de son grand intérêt pour la politique américaine pour laquelle il semble fasciné avec néanmoins une forme de répulsion comme un témoin d’accident s’approche puis recule puis revient encore sur le lieu où s’est produit le drame.

Il n’empêche que la force intrinsèque de ce livre se situe là où la puissance analytique de Marc Dugain agit. Elle nous séduit d’autant plus que la grande décennie que furent les années soixante contient bon nombre de personnalités qui impriment aujourd’hui encore durablement notre imaginaire. Nous avons aussi bien pu les rencontrer dans des livres ou au cinéma voire à la télévision quand celle-ci dans sa volonté de présenter une description de la réalité prend irrémédiablement le dessus et devient terrible voire terrifiante.

Au final, Mark O’Dugain va être emporté par la déferlante retranscrite par Marc Dugain. La réalité se révélant donc bien plus forte que la fiction, le roman perd la partie. 


Un monde un peu meilleur


Un monde un peu meilleur de Lewis TRONDHEIM aux éditions L’association, 13 euros


Pas vraiment facile de le rendre meilleur ce monde, n’est-ce pas monsieur Lapinot ? 
Tout avait commencé avec les meilleures intentions mais une absurde altercation avec un conducteur ayant embouti une voiture en stationnement a tout fait dégénérer. 
Richard, un ami que l'on doit toujours surveiller comme le feu, a saisi l’occasion de jouer au justicier et, se faisant passer pour le propriétaire du véhicule à la tôle froissée, s'est fait rosser par l'emboutisseur. 
Lapinot pourtant dégage une aura positive, Gaspard le lui a assuré. Ce nouvel ami rencontré fortuitement lors de l'épisode du véhicule, est doté d'un pouvoir qui démasque les menteurs. Il s'en est rendu compte après avoir testé différents produits pour l'industrie pharmaceutique qu'il aurait cupidement mélangés...
Lapinot, lui, en dépit de sa gentillesse, échoue à instaurer son rêve d’harmonie dans cette société où l’aura dominante est archi-négative. 
Certes, ce monde meilleur auquel Lapinot aspire est résolument citadin, connecté à outrance, on s’y dit des vérités cinglantes à la vitesse d'un tweet peut-être au détriment des sentiments véritables.
Mais lorsque Lapinot  demande à Nadia s’il reste le moindre espoir de reprendre une liaison ensemble, la réponse est tranchante. Gaspard enfonce le clou en certifiant que Nadia ne ment pas. 
Ces cruautés de la vie croquées par Lewis Trondheim qui aime dessiner ses personnages en animaux familiers sont relativisées grâce à un humour calibré pour une génération dopée aux nouvelles technologies. 
A la fin de cette démonstration somme toute malheureuse mais instructive pour tous ceux qui voudraient réparer le monde, Lewis Trondheim récupère Lapinot à l'orée d'une relation amoureuse assez prometteuse. 
Lorsque celui-ci déclare à sa nouvelle fiancée qu’il est de la vieille école, nous sommes plutôt rassurés.